Dr. José Luis Pardos
Ambassadeur d'Espagne
Commençons par expliquer le terme "Infopiste" ou "Inforoute" qui, suivant la terminologie en vigueur utilisée pour la circulation des automobiles, rapide, quelque fois gratuit et toujours très commode, pourrait être le meilleur terme qui en espagnol puisse définir ce que les anglosaxons ont déjà consacré Highway of Information et les français viennent de dénominer, très récemment, l'Inforoute.
Ceci dit, il suffit d'ajouter que l'Inforoute la plus populaire, l'Internet n'est qu'un INTERnational NETwork d'autoroutes pour transporter et conduire toute sorte d'information depuis et jusqu'à n'importe quel point de la planète, à haute vitesse, avec une grande sécurité de réception, à un coût de plus en plus modique et souvent presque gratuitement, par l'entremise de l'utilisation des systèmes électroniques de communication fournis par les ordinateurs.
L'une de ces Inforoutes, en existence depuis il y a quelque vingt ans et dont je décrivais les origines et l'avenir prometteur dans un article paru dans "El País" l'année dernière (L'Autopiste de l'information, El País, 3 mai 1994) a connu une croissance exponentielle et une popularité spectaculaire au cours des derniers six mois, au moment où elle a rendu possible la transmission et l'accès aux textes, images, videos et son, en utilisant le système WWW (World Wide Web), ou le réseau mondial d'information.
Le Web, déjà extrêmement populaire et dont l'avenir nous accorde des surprises inespérées et inimaginables, à très court terme, est la façon la plus facile et la plus simple de se brancher d'un lieu à l'autre de la planète, en quelques secondes, et accéder à des centaines de milliers de banques de données ou de pages en hipertexte (Http), une technologie très récente inventée et développée par le CERN à Genève, qui a révolutionné déjà, en moins d'un an, le système mondial des communications et de certaine façon, plusieurs des formes et modes de travail, à tous les niveaux et dans toutes les sphères de l'activité humaine.
Que suffise en guise de donnée importante l'affirmation du Monde Diplomatique dans sa dernière édition de juin, lorsque se reférant à l'Internet, il le qualifie de m‚dia des années 2000 et lui assure "un développement irréversible en procurant à ses millions d'usagers l'expérience et la conscience de l'impact global, culturel, économique et social, surpassant les média classiques jusqu'à maintenant, et offrant des coûts de plus en plus modiques et un éventail de services de plus en plus riche".
Ajoutons que tout ceci se produit à des vitesses jusqu'à lors inconnues dans la spirale exponentielle vertigineuse avec laquelle se développent les technologies actuelles de l'information. Dire que "deux mois d'Internet équivalent à 12 mois du calendrier grégorien" est déjà presqu'un lieu commun.
La récente décision de Telefónica de España de rendre accessible à sept millions de foyers, à la fin de cette année, la possibilité de se brancher … l'Internet, qui vient tout juste de s'ouvrir au monde des affaires, est l'un des meilleurs signes pour démontrer que nous espagnols entrons, d'une fois et sans retard dans ce qui est réellement l'une des plus grandes réussites du troisième millénaire: pouvoir nous communiquer sans barrière, rapidement et de façon accessible, tant économiquement que technologiquement.
Nous sommes donc dès lors devant une authentique Inforoute, d'ample utilisation, avec un horizon énormément prometteur et qui a révolutionné dans un temps record de quelques mois, le monde du travail et bien sûr....même quelques-uns des modes traditionnels de conduite de la diplomatie espagnole, il n'y a que quelque trois ou quatre mois, précisément à la vue du défi que nous a offert "la guerre du flétan" menée par le Canada contre l'Union Européenne.
Et en guise d'exemple, voici le mien: de l'Ambassade d'Espagne au Canada où motivés par la visite en mai 1994 du Ministre de l'Industrie, Juan Manuel Eguiagaray, nous lui avons préparé et offert une démonstration de la participation de notre Ambassade à un système libre d'information électronique, le National Capital Freenet, dans la ville d'Ottawa et dans la région de la capitale fédérale canadienne, mais avec accès direct à l'Internet et de l'Internet, ce qui nous permettait déjà alors d'introduire notre banque de données "Sí, Spain" que nous avons édifiée au cours d'une longue année à notre Chancellerie, à la disposition de tous, par l'entremise d'un simple Telnet au NCF.
Avec le développement pionnier des télécommunications au Canada, l'arrivée du Web et des technologies hipertexte nous a fait réfléchir à la possibilité de l'utiliser en tant que moyen de diffusion de l'information espagnole face à la désinformation tendancieuse canadienne, au cours des moments les plus critiques du conflit provoqué par le gouvernement d'Ottawa, pendant la confrontation des pêches dans les eaux internationales des Grands Bancs du Nord Atlantique.
Le résultat fut également spectaculaire.
Cinq jours après l'arraisonnement de l'Estai à Saint Jean de Terreneuve, l'Ambassade introduisit dans sa page "Sí, Spain" en hipertexte, qui reproduisait la banque de données existente dans le NCF, une section spéciale dédiée à la "Pêche" ce qui, entre autres, nous a accordé, jusqu'à maintenant, un accès supérieur à 150.000 usagers de notre programme d'information et documentation, depuis plus de 65 pays et bien que cela puisse sembler contradictoire, la désignation comme l'un des meilleurs Sites Culturels Web au Canada, à côté de la chaîne de T.V. de Montréal, les Grands Ballets Canadiens, la Virtual Bookstores et la chaîne officielle de T.V. canadienne, la CBC.
Ceci nous a motivé, en plus de devenir la première Ambassade au monde à introduire sa propre page informative dans l'Internet, maintenant les anglais le font et les Ambassades d'Australie, du Canada, d'Israël et de France viennent de commencer à y participer, depuis leurs Chancelleries respectives à Washington DC, notre Ambassade même de Washington et d'Ottawa, à offrir et prêter un service international d'information sur l'Espagne aussi actualisé comme le démontre le fait de pouvoir lire la presse catalane, Avui, El Periódico de Catalunya ou La Vanguardia, El Diario Vasco, en certains cas et spécialement depuis cet hémisphère, six heures avant que le citoyen espagnol moyen ait le journal en main.
Mais retournons à l'utilité du Web dans l'action extérieure de l'Etat, notre situation dans l'Internet, nous a permis en outre, face aux fausses nouvelles et aux mensonges qu'on offrait aux média traditionnels canadiens, d'accès très difficile, d'exposer nos thèses légales et environnementales et face aux déformations de l'information contenue dans la page du Web du Ministère fédéral des Pêches et Océans, l'Ambassade a inclus toute une liste de faits, documents photographiques, précisions, opinions et positions oficielles du Gouvernement espagnol, offerts au monde en général, par le simple fait d'accéder à notre page: http://www.DocuWeb.ca/SiSpain/ et pénétrer dans l'une de nos quinze sections, notamment celle concernant les "Pêches", ce que vous pouvez faire dès maintenant, si vous possédez un ordinateur, un modem et une connection à l'Internet.
Faites-le et vous serez en mesure de vérifier, dans la pratique, les avantages du Web dans l'Internet, qui sans doute, est en voie de devenir le média par antonomase du troisième millénaire, en tant qu'autoroute insurpassable de communication et diffusion de l'information, ce qui représente, indubitablement, le premier pilier de la diplomatie, afin de pouvoir postérieurement négotier et en tout cas représenter, ce qui constitue encore le tripode de la carrière et de l'activité diplomatique traditionnelles.